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Un lion en cage, ce n'est jamais flatteur pour la race humaine.
Henry Miller

samedi 24 juin 2006

Meditatio mortis

L’homme finit toujours par réclamer sa laisse. La liberté est insupportable, l’air grise et la griserie fait chier. Toutes les pores, toutes les ouvertures du corps s’ouvrent, béent, expulsent ce qu’il y a de consistant dans les recoins de l’âme, de la peur, pour avoir quelque chose de tangible à portée de main, de vue, et lorsqu’on est libre, rien n’est tangible que soi-même. Le monde s’effrite pour devenir un champ vierge et vide et vaste, où tout est possible. Rien n’est réel comme l’instabilité du monde et la liberté met face à cette vacuité. Pour la combler, deux solutions. La fuite ou l’aveuglement.
Le vide est intenable et c’est pour cela qu’on fait sous soi. Pour qu’il y ait quelque chose plutôt que rien. Qu’importe ce qu’on largue, ce dont on leste sa culotte. L’essentiel est d’avoir un boulet qui ralentit et entrave l’essor, quelque chose qui ramène vers le sol et nous rappelle que quelque chose d’autre que nous-même existe – pour n’être plus seul au monde. Comme si le fait de décoller allait allait séparer le corps et l’âme pour de bon. Face à l’angoisse du vide, qui saisit lorsqu’on prend conscience que le monde n’est rien, ou pire, pas grand-chose, la crotte qu’on lâche dans sa peur est l’indice d’un monde réel, tangible, le pôle de matière auquel on peut se raccrocher, le quelque chose qui fait que l’on n’est pas seul. Ce qui nous rappelle et nous conforte dans l’idée que nous sommes, ce qui nous permet de garder une conscience de soi (une conscience extérieure). Chier, c’est laisser sa trace dans le monde extérieur, prendre conscience de soi, constater sa propre causalité à travers les effets que l’on est capable de produire (de soi-même). Dans la peur, j’ai fait mon gros popo, et cela m’a rassuré.
C’est par là que je reviens à cette histoire de laisse.
[Note :
En réalité, on ne se reconnaît jamais dans l’autre, mais dans sa propre crotte.]
Pour être libre, il faut traverser l’humilité du chier-sous-soi, du faire-dans-sa-culotte.
[Note : Pourquoi y a-t-il/Comment se fait-il qu’il y a quelque chose plutôt que rien ? Parce que j’ai chié dans ma culotte.
La catégorie métaphysique de la causalité résulte du besoin (du gros besoin) de l’homme de laisser quelque chose derrière lui-même. L’énigme de l’altérité (sphinx) s’élabore sur cette perplexité intime qui résulte de la découverte que, si la cause enferme l’effet ou la connaissance de l’effet celle de sa cause… Je produis, cause, de l’autre parce que je suis agi par autre que moi.
Le pas laissé dans le sable est angoissant parce que c’est un creux, un vide, un manque, alors que la motte excrémentielle est un plein, un quelque chose. Ergo, il est plus angoissant de laisser une trace de pas qu’un étron derrière soi.]
Autrement dit, il est narcissiquement plus satisfaisant de maîtriser ses sphincter – de sphinx – que d’être libre. C’est pour cette raison que l’on préfère ses chaînes, ses laisses, ses entraves, à l’aspiration du vide de la liberté, parce que celle-ci oblige à traverser l’angoisse du vide, où l’image transitoire de soi que l’on met à la place du monde qui disparaît est ce dans quoi nul ne souhaite se reconnaître à titre de cause. Car si la cause renferme l’effet comme le corps – l’homme – renferme sa merde, alors la connaissance de la merde enferme la connaissance de celui qui l’a produite – causée.
Sans compter que l’image du mort comme peuvent l’être la merde ou le cadavre – autrement dit ce qu’on laisse derrière soi – présente quelque chose de plus vivant que ce que l’on appelle vie présente en général, à savoir une inertie qui équivaut un glissement (sans résistance) vers la mort.
Les excréments et le cadavre vivent d’une vie qui n’est plus jugulée (par la conscience) par la maîtrise consciente de l’homme vivant. Ce qui s’échappe de l’homme et lui échappe vit d’une vie autonome, indépendante, impossible à surmonter, à dominer (et combien plus fertile que la vie consciente !). La conscience est l’écran létal où vient achopper la vie. Le moi, avec sa prétention à la maîtrise, interdit à la vie de prendre le pas sur lui, de le traverser, de s’emparer de lui à la façon dont elle traverse et s’empare de la merde et du cadavre.
Le narcissisme vise à figer sous une forme éternelle, c’est-à-dire morte et inerte, l’image d’un vie dont le moi soit cause. Or la vie est sans cause, et il n’y a que sa surface morte, son empreinte figée qui puisse parvenir au statut d’image. Le soi idéal, comme image, est une telle image, une figure morte autrement dit, car la vie n’est jamais formulable en première personne (du singulier du moins). La vie est ce qui traverse le sujet et, comme telle, qui l’arrache à sa prétention de dominer la vie. Chier, c’est faire l’aveu (contre soi-même conscient et maître) de cette traversée du sujet par une vie qui se sert de lui pour se répandre, croître, exulter.
Dans la défécation – comme fonction ultime, terminale de l’organisme – le sujet fait l’expérience d’une dimension fondamentale de son être : il a, par rapport à la vie la même fonction, strictement, que la merde ou le cadavre, celle de permettre à la vie de continuer à circuler. De ce point de vue, la reproduction sexuée est bien la même chose, et place l’individu humain dans la même situation, celle de transmettre une vie qui se fraye une voie à travers lui vers l’autre (une vie qui se dérobe à tout contrôle).
Seule la vie est éternelle, parce qu’elle est en flux continu.
La conscience est comme un coup d’arrêt, le moi la tentation permanente de faire obstacle à la vie. Apprendre à maîtriser ses sphincters (à faire taire le sphinx), avoir réponse au sphinx, avoir raison du sphinx, c’est arrêter la vie, la capturer, l’immobiliser dans un équivalent formel et mort (vide) de la vie. Mais la vie est sans équivalent.
[Note : Dans la digestion, le sujet n’est que l’instrument d’un processus qui se fait à son insu.]
Le sphinx est l’image de cette énigme qui parle à travers moi et se pose en travers de la route qui mène à la transgression contre la vie elle-même. Dans la réalisation de l’inceste se réalise le crime ultime contre la vie, l’arrêt final de la vie, se réalise le fantasme de la « causa sui » : être cause de sa propre vie, c’est-à-dire maîtriser la vie (à travers la figure de sa propre origine : la matrice maternelle, le plaisir de la mère. Puisque c’est dans le plaisir que la femme devient mère, l’inceste réalise la captation de la maternité en réalisant la captation du plaisir de la mère).
Retenir les sphincters (= maîtriser le sphinx), est-ce alors empêcher le sphinx de parler, d’interdire ce retour à l’origine où se réalise l’abomination contre la vie ?]

jeudi 16 mars 2006

Las !

Je suis furieux, triste, j'enrage. Désormais, en matière de culture, ce n'est plus seulement le marché mais les industriels qui font la loi. Qu'est-ce qu'on peut faire pour lutter ? Ça me donne envie de me barrer. On n'a pas le droit d'inciter à la violence. Je hais la violence. Mais actuellement, c'est sur nous, citoyens d'un monde (encore) libre qu'on fait pleuvoir la violence de la dictature des industries. Révoltons-nous, putain !
PS : Pour un dossier complet sur la question, je vous suggère d'aller voir du côté de Rezo.net.
Allez voir aussi du côté de Framasoft.

Faire évoluer le droit d'auteur à l'heure des industries de la culture

Il est probablement déjà trop tard, mais...
Alors que le sommeil avait fui, il m'est venu une idée cette nuit, au sujet des droits d'auteurs. Je persiste à penser que le gouvernement vise à protéger l'industrie, et non les auteurs, qui bien souvent sont tenus de céder leurs droits à leur producteur. Aussi, une réforme en profondeur me semble nécessaire, pour favoriser, non seulement le reversement des droits aux auteurs eux-mêmes, mais aussi la promotion de la création en général – il s'agit ici plutôt de la musique, mais on peut probablement étendre l'idée.
L'idée qui m'est venue repose sur une comparaison avec ce qui existe en France au niveau de la création cinématographique. En effet, si la France est aujourd'hui le troisième pays producteur de cinéma au monde, après l'Inde et les Etats-Unis, cela tient en particulier à l'existence du CNC et à un principe original. Quel que soit le film, une partie du prix d'une place de cinéma est systématiquement reversée au CNC, afin de permettre le financement de productions ou co-productions françaises. Grâce à ce principe, le nombre de films fraçais qui ont pu être réalisés, mais également des co-productions avec des pays du monde entier, est colossal, et sans comparaison. Secondé par Unifrance, qui s'occupe de la promotion du cinéma français à l'international, ce système permet au cinéma français de rester une exception mondiale, et de générer une production encore vaillante – alors que ce qui existe ailleurs en Europe est plutôt indigent.
Par analogie, il me semble qu'un système de licence globale pourrait consister en ceci (et on pourrait encore imaginer que ce système s'applique également à la redevance sur les supports vierges). D'abord un prix plus élevé que celui initialement proposé (mettons, entre 10 et 15 euros), dont une partie serait reversée aux sociétés de droits d'auteurs, et l'autre à un organisme qui aurait pour vocation de favoriser la production d'artistes français. Il ne s'agirait pas de confier à un tel organisme un pouvoir d'autorisation d'exploitation, comme c'est le cas du CNC (aucun film ne peut être produit en France et diffusé dans les salles de cinéma sans passer par le CNC, qui dispense ses visas d'exploitation. Qu'un film comme Insurrection/Résurrection de Pierre Merejkovsky ait pu obtenir un tel visa tient à vrai dire du miracle), parce que cela risquerait de conduire à une supervision normative de la création. On pourrait imaginer que des demandes de financement émanent de maisons de production, mais surtout de la part d'artistes indépendants ou de petits labels. Il y a lieu d'imaginer ici à quel point un tel système permettrait d'ouvrir la création et de favoriser l'émergence de talents qui, dans l'état actuel, sont condamnés à n'avoir aucune audience, donc aucun producteur, faute de rentrer dans des cadres standards. Avec un tel système, l'autoproduction deviendrait bien plus accessible.
Et à la réflexion, je me dis qu'une telle redistribution pourrait s'appliquer également au prix des disques, dvd et autres. Vous achetez à la FNAC ou ailleurs (ailleurs, c'est mieux quand on peut) un cd de je ne sais pas quel groupe, qu'il soit français, américain, anglais ou afghan, et une partie, systématiquement, va à un fond de financement de la création. Il faudrait, bien sûr, qu'un tel système ne génère pas d'augmentation du prix du disque. Je sais, c'est idéaliste.
Avec un tel soutien à la création, je pense qu'on arriverait, comme pour le cinéma (même si la France commence, hélas, à se conformer à des codes américains en matière de producion cinématographique), à développer une création plus libre, et plus forte face à l'hégémonie mondiale des majors.
J'ai bien conscience de ne livrer ici qu'un principe général et sans doute utopique, dont les modalités d'application restent dans le vague. Mais il me semble que la réponse à l'industrialisation de la culture consiste à récupérer d'un côté la richesse et la diversité que cette industrialisation corsette de l'autre. S'il y a lieu d'adapter le principe des droits d'auteurs à la situation actuelle de la circulation des oeuvres, je crois qu'il s'agit, avant tout, de l'adapter à l'industrialisation de la culture, dont la circulation des oeuvres sur Internet ou les réseaux P2P n'est qu'un résultat. Et le soutien politique à la création me semble pour l'instant la meilleure des issues. Malheureusement, le gouvernement semble ne pas vouloir l'entendre de cette oreille.
Reste à savoir comment préciser cette idée, comment la diffuser et lui donner une pertinence qui permette un jour de la présenter comme une proposition réaliste qui pourrait faire l'objet d'un débat à l'Assemblée Nationale, par exemple... Commençons par en discuter ici ou là.

mardi 7 février 2006

Le sacré de l'autre est mon sacré

Ce matin, aux informations à la radio, un journaliste évoqua « le premier journal français à avoir eu le courage » (sic !) de publier les caricatures de Mahomet. Non ! il n'y a aucun courage à publier une insulte !
Au cours de l'été 1999, je suis parti au Burkina Faso, avec une association de parrainage scolaire avec laquelle nous avions acheminé des vêtements et des ordinateurs que nous donnions à des associations locales. Nous avions réservé quelques jours pour découvrir ce pays et le visiter. L'une de nos pérégrinations consistait à aller assister à un rituel animiste, un sacrifice de poulet à des silures sacrés. Nous avons marché longtemps, dans un paysage splendide, le plus beau de ceux que j'ai traversés au Burkina Faso, pour nous rendre, au coeur d'une forêt, dans une forme de crique bordant un petit plan d'eau. Le rituel nous obligeait à nous déchausser, à fournir le poulet, de l'argent pour le sacrifice. Nous étions également invités à présenter, durant le sacrifice, les prières que nous voulions, tout cela en silence.
Pour les occidentaux que nous sommes, ce rite avait quelque chose d'étrange et de gênant. Le lieu était jonché de plumes agglutinées, passablement sale et nauséabond. L'eau était saumâtre, nous n'y discernions rien. Les deux hommes qui nous accompagnaient accomplirent le rite. Le poulet fut tué, grillé, mangé par les deux hommes, et ses tripes offertes aux silures. Des gueules énormes crevèrent la surface, surgissant de l'abîme boueux où elles disparaissaient aussitôt.
Nous nous sommes comportés comme si nous étions au zoo. Bien qu'ayant conscience du caractère sacré de ce qui se passait là, sacré pour nos accompagnateurs, nous parlions, commentions ce que nous voyions. Quelques minutes après notre arrivée, un autre groupe de touristes arriva et se mit à parler de la même façon. Les deux burkinabes qui nous guidaient manifestèrent leur mécontentement. Notre attitude n'était pas respectueuse. Nous nous comportions en spectateurs désabusés d'un événement que nous considérions comme une mise en scène, avec des acteurs, des histoires, des dénouements, et, quelque part, le sentiment d'avoir été un peu roulés, parce que nos guides s'étaient servis au passage de ce qui était censé être un sacrifice.
Nous avons agi en bons occidentaux, appareil photo autour du cou, incrédulité fate, supériorité culturelle,... nous endossions comme il fallait le rôle que notre civilisation nous a appris à adopter, le point de vue extérieur et supérieur sur tout, l'enflure condescendante de notre sens critique.
Quelques années plus tard, j'ai eu la chance d'aller en Egypte, dans des conditions exceptionnelles, pour un voyage que je n'eusse jamais imaginé faire. Au cours de notre séjour, nous sommes arrivés dans une ville le jour de l'Aïd. Au sortir de la visite d'un des sites que le programme nous amenait à découvrir, il nous a été suggéré d'aller assister à la fête de l'Aïd. Nous avons esquissé un regard en direction d'un groupe en prière. Plusieurs visages se sont tournés vers nous, en colère. Nous avons dû nous détourner et partir.
Voir ! Regarder ! J'ai honte ! Honte de ce regard impudique, obscène, porté par nous, par moi, sur les rites, sur le sacré des autres.
La religion n'est pas un spectacle. L'intime des autres n'est pas un produit de consommation.
Avec le recul, après la honte d'avoir porté ces regards, je comprends les colères de ceux dont le sacré est transformé en spectacle, en folklore, en carte postale, en souvenir de voyage. Chrétien, je n'aime pas que ce à quoi je crois serve à n'importe quoi, à n'importe qui, à vendre des jeans, des voyages, le travail de femmes de ménage (c'est une référence à la religion hindoue qui est en réalité utilisée dans ce dernier cas), ou à conforter qui que ce soit – pas même les chrétiens – dans la certitude de sa supériorité.
Si je suis resté chrétien malgré toutes les raisons que j'aurais de ne plus l'être, ce n'est pas parce que cela m'assure la mainmise sur une vérité qu'il m'incomberait d'imposer aux autres, mais justement parce que Dieu est sans cesse ailleurs, parce que la seule vérité à laquelle ma foi me fait tenir, c'est que la vérité n'est jamais atteinte, toujours à chercher, sans cesse ailleurs. Je crois, non parce que j'ai trouvé – qu'est-ce que j'aurais bien pu trouver ? – mais pour chercher.
La rationalité scientifique devrait nous enseigner que la vérité est toujours en suspens, toujours à-venir. Ce sur quoi il est abouti au cours de la recherche demande constamment à être vérifié, confirmé. Il est plus essentiel à la recherche de la vérité de chercher ce qui pourrait la contredire que de se crisper sur ce qui est déjà acquis, pour le progrès de la vérité, justement. La rationalité consiste en ceci, et nos convictions devraient être sans cesse passées au crible de cette dialectique permanente, de cette inquiétude qui incite à ne jamais se croire débarrassé de la quête.
La religion, les convictions qu'elle enracine en moi, m'incitent à rencontrer les autres, non pour leur apporter mes certitudes, mais pour apprendre d'eux ce qui, dans ce qui m'habite, est encore obstacle à la rencontre et à l'estime, au respect de ce qu'ils sont. La liberté que j'ai de croire et penser ce que je veux correspond au souci de préserver la part d'impénétrable que l'autre me renvoie. Ce qui résiste à mes prétentions de comprendre est ce qui m'incite, chaque fois, à me décentrer, à chercher la vérité ailleurs.
Il ne s'agit pas ici d'un plaidoyer pour le christianisme. Je ne veux convertir personne. Mais je considère que le regard que l'Occident porte sur l'Islam est obscène et irrespectueux, et pour ces raisons violent. Parce que nous sommes convaincus que la rationalité que nous avons développée, que le sens critique que nous avons cultivé, nous donnent le droit de considérer les autres comme des esclaves de leur propre aveuglement, de leurs adhésions, de leurs croyances – sous prétexte, en fait, qu'ils ne croient pas aux mêmes choses que nous (n'oublions pas que, pour légitimes qu'elles soient, les valeurs fondatrices de nos démocraties ne sont que des valeurs qui, pour être respectées réellement, demandent, non seulement des institutions régulatrices, mais une adhésion intime de chacun). Parce que l'Islam est partout présenté comme une religion de guerre, qui cherche à écraser ceux qui ne rentrent pas dans ses vues. Comme si notre regard occidental n'était pas au service d'un projet de domination radicale et dévastatrice ! Le regard sur l'Islam que les voix dominantes en Occident promeuvent est dangereux, et contredit les principes au nom desquels certains pensent avoir le droit de se comporter de la sorte. Le regard de l'Occident sur l'Islam porte et entretient la haine, parce que c'est un regard de peur et de mépris.
Et ce regard est le regard occidental sur le sacré en général. L'économie a réussi chez nous à araser, à saper toute référence au sacré, au bénéfice du marchandage : seul est digne de révérence et de consensus ce qui permet d'entretenir le profit, le confort privé, la bonne conscience. Et c'est au nom de cela que nous nous croyons légitimés à mépriser ce qui est lumière pour les autres et à vouloir le leur arracher ?
J'aime infiniment la phrase trouvée en exergue d'un site Internet : « Ne me libère pas, je m'en charge ». J'aime également infiniment la nuance introduite par la théologie de la libération dans le regard porté par les chrétiens sur les pauvres : il ne s'agit pas de lutter pour les pauvres, mais avec eux, pour leur propre libération. On ne fait le bien de personne contre son gré, et surtout pas en commençant par bafouer ce qu'il croit.
Il est indécent de prétendre redresser les torts des autres, sous prétexte de vouloir leur bien. La seule tâche qui incombe aux êtres humains est concrète et non idéologique : c'est de lutter en commun contre la misère et l'oppression. En aucun cas cette lutte n'a à être payée par ceux que l'on prétend secourir d'une adhésion à nos idolâtries. Il est insultant de requérir de qui que ce soit qu'il-elle s'amende (et de quoi ?) avant de lui venir en aide. Au nom de quelle liberté devrait-on demander à quelqu'un de renier ses convictions avant de lui donner de quoi subsister, de quoi s'épanouir, de quoi jouir des libertés que nous chérissons tant sur notre sol ?
Alors non ! il n'y a aucun courage à publier une insulte. Il n'y a dans ces publication que de l'ignorance, de la bêtise ou du mépris, et rien de cela ne vaut qu'on le défende. Le véritable courage aujourd'hui est de dialoguer, de rencontrer, de travailler en commun au bien commun, sans préjuger de ce qu'il faut croire ou professer pour mériter notre compassion, notre sympathie ou notre aide. Catholique, j'exècre que des catholiques se croient autorisés à se placer en juges et redresseurs de torts. Démocrate, j'exècre que des démocrates se croient autorisés, au nom de leurs convictions, à scandaliser la conscience des autres, qu'il s'agisse de personnes ou de peuples – en se comportant de la sorte, les démocrates se comportent en libéraux et je ne crois pas que ce sont des synonymes.
La vie, la liberté de croire, la liberté d'être soi et différent, le fait d'être autre et constamment dans l'altérité et de n'avoir jamais ni à s'en justifier, ni à se ramener au consensus, rien de tout cela ne se mérite, c'est un droit élémentaire, constitutif de l'être humain, sacré. Celui qui, ne fût-ce qu'en pensée, méconnaît le sacré de l'autre bafoue ce droit et prépare et attise des guerres. De telles guerres ne seront jamais justes.

mardi 31 janvier 2006

Dans chaque artiste il y a un flic qui sommeille ?

Et si du monde de la « culture© » venait le prochain totalitarisme ?
Ah ! Les bruits de botte dans les couloirs de l'art, de la culture, du savoir !
Je me rappelle une réflexion de John Cage disant que l'art est incompatible avec la police... Mais nous n'oserons bientôt plus affirmer de telles platitudes. Demain se lèvera une aurore nouvelle, un monde nouveau, ou les brigades, milices et tout ce qui porte un galon ou un brassard veillera sur ce qu'il advient de ce que, autrefois, il y a longtemps, bien longtemps, on appelait encore les oeuvres de l'esprit.
Habituons-nous à entendre, en nous-mêmes, ce bruit gracieux des talons cadencés, de sorte qu'il ne soit bientôt plus utile d'inventer des dispositifs de surveillance, mais qu'il suffise de faire confiance à l'obéissance acquise, parce que nous aurons toujours, non plus la petite voix de la conscience qui nous tiraille parfois entre deux choix opposés, mais le ronflement bien appris, solidement ancré dans nos cortex et paléocortex, du pas collectif, militaire, de la marche acquise, entravée - ou mieux, le chahut de la descente de flics. Le succès des tyrannies dépend de la capacité des individus à troquer leur conscience contre un flic. Pas besoin de mettre un flic derrière chacun-e, il suffit de l'installer en lui-elle.
Habituons-nous dès à présent au pas de l'oie dans les musées, les salles de concert, les cerveaux.
Vous verrez, c'est comme une habitude, ça s'enracine sans douleur ! Eh, quoi ! Un chien s'accoutume à sa laisse, un cheval à sa longe, sa selle et son entrave.

http://www.debatpublic.net/Members/paigrain/blogue/DRMS

samedi 16 juillet 2005

symbolique

symbolique

vendredi 10 juin 2005

bibendum

Si ma tendance au mélo n'était pas une faiblesse, je la tiendrais pour un style.