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Je suis, j'existe.
Descartes

mardi 28 février 2006

Cauchemar climatisé (2)

« La religion nouvelle sera fondée sur des actes et non sur des articles de foi. "La religion n'est pas pour les ventres vides", a dit Ramakrishna. La religion est toujours révolutionnaire, bien plus que les philosophies conformistes. Le prêtre est toujours de connivence avec le diable, de même que le leader politique finit toujours par conduire les peuples à la mort. Il me semble que les peuples cherchent à se rassembler. Ce sont leurs représentants, à tous les échelons, qui s'efforcent de les tenir à l'écart les uns des autres en excitant en eux la haine et la peur. Si rares sont les exceptions que quand on en observe, on a tendance à croire qu'il s'agit d'êtres à part, de surhommes ou de dieux et non pas d'hommes et de femmes comme nous. Et en les reléguant ainsi dans des royaumes éthérés, on étouffe dans l'oeuf la révolution par l'amour qu'ils étaient venus prêcher. »
Henry Miller, Le cauchemar climatisé

lundi 6 février 2006

Cauchemar climatisé

Je découvre Le cauchemar climatisé de Henry Miller. Jusqu'à présent, c'est l'auteur qui me stimule le plus, celui dans les ouvrages de qui je rencontre le plus de résonnances avec ce qui bouillonne en moi. Tout ce que j'ai lu de lui jusqu'ici me transporte - au premier chef Tropique du Capricorne. Le cauchemar climatisé, que j'ai commencé ce week-end, s'annonce, une fois encore, magnifique, brûlant d'actualité, de rage, de désir. Vivre !
Je ne suis pas capable de resituer le livre dans son contexte. Je sais seulement qu'il a été écrit en 1945 - la traduction française date de 54. Henry Miller revient aux Etats-Unis après plusieurs années d'absence - il était en Europe - et découvre l'Amérique industrielle qui s'est développée. L'horreur, pour lui, et le constat que tout s'est aligné sur des standards de vie, d'exploitation de l'homme par l'homme, d'inégalités sociales... ce qui ne peut aujourd'hui que paraître s'être consolidé affermi, amplifié.
Le soir même, sur France 2, passait le Superball... J'ai été consterné d'apprendre ça. Je ne me fais pas d'illusion sur les chaînes publiques. La nullité y vaut celle des chaînes privées. Mais que la télévision française s'aligne sur le mode de vie américain, cela m'agace. Foutez-nous la paix ! Je n'ai rien contre les américains en particulier, mais je refuse le mode de vie qui se répand partout sur le modèle que le système américain a produit et continue de promouvoir, au prix de tant d'horreurs qu'il n'y a pas à hésiter : il n'y a aucune raison de s'aligner sur eux. Ils ne sont le modèle de rien en terme de projet collectif. La civilisation américaine est une civilisation, et à ce titre digne d'être rencontrée, mais à égalité avec les autres. Son seul prestige est - fut ? - économique, et ce n'est qu'un prestige.
Bref... Sortir du Cauchemar climatisé pour voir annoncée à la télé la retransmission en direct du Superball, ça a quelque chose de désespérant. Il y a là une ironie cynique, de quoi rester triste. Foutons les télés à la poubelle !
La culture américaine a bien mieux à nous offrir que le Superball. L'indigence française en matière d'exploitation d'Internet pour la diffusion de la culture y aurait lieu, parfois, de s'instruire. Bref, je ne veux pas m'étendre sur ce sujet, qui demanderait de longs développements. Mais si quelqu'un connaît un équivalent français de Ubuweb, j'aimerais le découvrir...
Je finis avec une citation de Henry Miller, car c'est inévitable... et si j'avais le temps, je recopierais le livre en entier (ah non, pardon, on n'a probablement pas le droit).
« Nous vivons une de ces époques où, dit-on, "la patrie est en danger". Bien que les législateurs et les politiciens discourent à l'envi, bien que la clique des militaires plastronne, menaçant et piétinant tout ce qui n'a pas sa sympathie, le simple citoyen pour qui et grâce à qui se fait cette guerre, doit tenir sa langue. Comme je n'ai pas le moindre respect pour cette attitude, comme elle n'aide en rien à faire progresser la cause de la liberté, je n'ai pas cherché à modifier des déclarations susceptibles pourtant de provoquer la colère même en temps de paix. Je crois, avec John Stuart Mill, qu'"un Etat qui abaisse ses citoyens afin d'en faire des instruments plus dociles entre ses mains, fût-ce dans leur propre intérêt, finira par s'apercevoir qu'on ne peut rien faire de grand avec de petits hommes". Je serais trop heureux si mes opinions se révélaient erronées parce qu'on verrait naître un souffle nouveau. S'il faut une calamité telle qu'une guerre pour nous éveiller et nous transformer, eh bien que la guerre soit. Voyons maintenant si l'on donnera du travail aux chômeurs, si l'on habillera, si l'on logera, si l'on nourrira les pauvres ; voyons si l'on dépouillera les riches du fruit de leurs pillages et si on leur fera endurer les privations et les souffrances du commun des citoyens ; voyons si l'on pourra persuader tous les travailleurs d'Amérique, indépendamment de toute question de classe, de capacité et d'utilité, d'accepter un salaire commun ; voyons si les gens pourront exprimer directement leurs souhaits sans avoir à subir l'intercession déformante et maladroite des politiciens ; voyons si l'on pourra bâtir une véritable démocratie à la place de la fausse que nous avons fini par courir défendre ; voyons si nous pourrons être justes envers les nôtres, pour ne rien dire de l'ennemi que nous finirons sans nul doute par vaincre. »
Henry Miller, Le cauchemar climatisé, Gallimard, 1954 (pour la traduction française)

mercredi 1 février 2006

Journalisme de marché

« Les libéraux insistent sans relâche sur le rôle économique de l'offre. Sitôt qu'il s'agit d'information et de culture, ils prétendent cependant tout expliquer par la demande... »
Serge Halimi
http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/chiens2/extraits3.html

jeudi 14 juillet 2005

Sauve qui peut !

« Quand les gouvernements se mettent à protéger les arts, c'est la fin de tout. C'est comme les fêtes organisées pour les soldats par les colonels et les dames de la Croix-Rouge : sauve qui peut. »
Jean Dubuffet, Prospectus aux amateurs de tout genre

mardi 28 juin 2005

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"(...) chaque fois le monde recommence."
Emile Benveniste