Alors, deux ou trois choses qui m'agacent.
D'abord, comme il y avait des problèmes de signalisation dans le métro, j'ai pris le RER, et j'ai eu le déplaisir d'entendre sur les quais la radio (FM). Dans ces cas-là, je me demande toujours qui prend la décision. Est-ce qu'on a consulté les voyageurs ? D'ailleurs, même dans ce cas, qu'est-ce qui aurait motivé d'aller poser la question aux voyageurs ? Comme si le bien-être de nos vies (de travailleurs, car à quoi servent les transports en commun, la plupart du temps, sinon à organiser le flux des employés) tenait à la diffusion des standards d'opinion et de goût jusque sur les quais, pour rendre l'attente moins pénible, je suppose, comme s'il se passait quelque chose - parce qu'il y a un truc à écouter. J'ai l'impression qu'il y a une sorte de « c'est à la mode » ou « c'est dans l'air du temps », qui fait qu'on décide ce genre de trucs sans trop savoir pourquoi, mais parce que. Bref, ça me fait chier qu'on m'impose des conneries, ou des rengaines classiques plus ou moins pompières (comme sur la ligne 2, à la station Place de Clichy, entre autres), comme s'il fallait combler le vide. Pareil dans les cafés. Impossible (ou du moins très difficile) de trouver un café où s'asseoir sans subir la radio ou la musique. Quand je prends le métro, j'aime penser, rêvasser, réfléchir, même si c'est pour ne penser à rien. Quand je vais au café, j'aime écrire, lire, ou parler avec mes ami-e-s. Tout ce bourrage de crâne et de mou me donne la nausée. Laissez-nous écouter nos univers intérieurs, notre propre ronronnement spirituel, quand bien même il s'agirait d'un bruit de vent circulant dans une vallée déserte.
Dans un torchon gratuit, l'avis des lecteurs sur les manifs anti-CPE. En gras, « Il y a d'autres moyens ». Le lecteur évoque l'inconsitutionnalité du CPE au regard de la loi européenne. Pourquoi pas... Mais je suis chaque fois agacé d'entendre des gens dire « Il y a d'autres moyens », sans dire lesquels. Le gouvernement, tant sur le CPE que sur le CNE ou le projet de loi DADVSI, montre qu'il se préoccupe fort peu du débat démocratique. Comme ce fut le cas lors du référendum sur le Traité européen. Les élites pensent et décident à la place du peuple, en dépit du peuple. Comment peut-il y avoir une représentation démocratique sans débat ? On a l'impression que le gouvernement représente ce qu'il veut bien représenter compte tenu des impératifs, qui sont en fait des credos, lesquels tiennent lieu de débat démocratique. Le savoir et l'expertise (qui du moins se disent tels) rendent superflu tout échange collectif, politique, parce qu'ils assurent la domination sur une réalité qu'il s'agit d'administrer. Devant cette situation, face aux déclarations des dirigeants qui refusent de donner crédit à la vox populi, et le défendent explicitement, non, il n'y a pas d'autre moyen que de se révolter, de rappeler qu'ils ne sont pas élus pour décider à notre place, mais pour nous représenter, c'est-à-dire faire des choix politiques forts au lieu de céder à la soi-disant mécanique économique mondiale. L'économie et le marché doivent être façonnés, humanisés par des projets politiques, et non le politique être traîné par les cheveux derrière le marché et la finance.

Ce matin, en revanche, du fait de la panne de signalisation dans le métro (encore ! encore !), j'ai pu goûter le plaisir de traverser la Seine par le pont de Bir-Hakeim. Si je n'avais pas dû bosser, je serais aller prendre un café pour savourer ce petit matin clair et suave. Un matin pour poétiser... hélas.