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La marquise sortit à cinq heures.

... non, sept.

...
De toute façon, on s'en fout.

mardi 28 février 2006

Cauchemar climatisé (2)

« La religion nouvelle sera fondée sur des actes et non sur des articles de foi. "La religion n'est pas pour les ventres vides", a dit Ramakrishna. La religion est toujours révolutionnaire, bien plus que les philosophies conformistes. Le prêtre est toujours de connivence avec le diable, de même que le leader politique finit toujours par conduire les peuples à la mort. Il me semble que les peuples cherchent à se rassembler. Ce sont leurs représentants, à tous les échelons, qui s'efforcent de les tenir à l'écart les uns des autres en excitant en eux la haine et la peur. Si rares sont les exceptions que quand on en observe, on a tendance à croire qu'il s'agit d'êtres à part, de surhommes ou de dieux et non pas d'hommes et de femmes comme nous. Et en les reléguant ainsi dans des royaumes éthérés, on étouffe dans l'oeuf la révolution par l'amour qu'ils étaient venus prêcher. »
Henry Miller, Le cauchemar climatisé

dimanche 12 février 2006

Némésis

Naissance, naissance. Némésis qui dragues des léthargies je me tords vers le mur de ta voix. Sat. Pac. Do. Monition fantaisiste. Tu parles trop. Némésis aux seins durs sur la sphère du temps défiguré. Ps. Ps. Ps. Némésis aux seins durs sur la sphère défigurée. Ps. Némésis aux seins durs défigurés. Hhhh. Le temps dissocié saccagé de nuages aux frondaisons mobiles. Shhh... Némésis aux lèvres dures, aux doigts grinçants. Némésis - tu parles trop. Bavardage judiciaire aux franges ourlées de forêts. Ba. Némésis tu sens l'orfraie, Némésis je ne crois plus en toi. Némésis - si je te croise je t'arrache le ventre. J'ai enduré ton doigt dans ma tempe. Maintenant ton cul sent la naphtaline. Kkkk. Navet
Albrecht Dürer - Némésis

vendredi 10 février 2006

L'odeur des nymphes

Tu dis - Je suis sorti des lamproies obliques
Avec ta gueule tu pourrais croire qu'on va t'offrir des livres - des arches
J'entends dans les fougères des succions de limules
Des lampadaires se recroquevillent pour simuler des nains.
Je me sens brave comme une huître.
Décline, décline ! Soutiens la dérision du masque qui t'observe,
    le front dans un cratère

jeudi 9 février 2006

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La joue du miroir se dore de soleil
Et trousse les nuages
A l'Ouest
Des voiles froissées déplient des candeurs pour le large

C'est l'heure où des reptiles étendent leurs anneaux
A ton sein je viens boire
L'ivresse d'un matin

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La labiée de ton mystère
Se nacre comme un cil

mardi 7 février 2006

Le sacré de l'autre est mon sacré

Ce matin, aux informations à la radio, un journaliste évoqua « le premier journal français à avoir eu le courage » (sic !) de publier les caricatures de Mahomet. Non ! il n'y a aucun courage à publier une insulte !
Au cours de l'été 1999, je suis parti au Burkina Faso, avec une association de parrainage scolaire avec laquelle nous avions acheminé des vêtements et des ordinateurs que nous donnions à des associations locales. Nous avions réservé quelques jours pour découvrir ce pays et le visiter. L'une de nos pérégrinations consistait à aller assister à un rituel animiste, un sacrifice de poulet à des silures sacrés. Nous avons marché longtemps, dans un paysage splendide, le plus beau de ceux que j'ai traversés au Burkina Faso, pour nous rendre, au coeur d'une forêt, dans une forme de crique bordant un petit plan d'eau. Le rituel nous obligeait à nous déchausser, à fournir le poulet, de l'argent pour le sacrifice. Nous étions également invités à présenter, durant le sacrifice, les prières que nous voulions, tout cela en silence.
Pour les occidentaux que nous sommes, ce rite avait quelque chose d'étrange et de gênant. Le lieu était jonché de plumes agglutinées, passablement sale et nauséabond. L'eau était saumâtre, nous n'y discernions rien. Les deux hommes qui nous accompagnaient accomplirent le rite. Le poulet fut tué, grillé, mangé par les deux hommes, et ses tripes offertes aux silures. Des gueules énormes crevèrent la surface, surgissant de l'abîme boueux où elles disparaissaient aussitôt.
Nous nous sommes comportés comme si nous étions au zoo. Bien qu'ayant conscience du caractère sacré de ce qui se passait là, sacré pour nos accompagnateurs, nous parlions, commentions ce que nous voyions. Quelques minutes après notre arrivée, un autre groupe de touristes arriva et se mit à parler de la même façon. Les deux burkinabes qui nous guidaient manifestèrent leur mécontentement. Notre attitude n'était pas respectueuse. Nous nous comportions en spectateurs désabusés d'un événement que nous considérions comme une mise en scène, avec des acteurs, des histoires, des dénouements, et, quelque part, le sentiment d'avoir été un peu roulés, parce que nos guides s'étaient servis au passage de ce qui était censé être un sacrifice.
Nous avons agi en bons occidentaux, appareil photo autour du cou, incrédulité fate, supériorité culturelle,... nous endossions comme il fallait le rôle que notre civilisation nous a appris à adopter, le point de vue extérieur et supérieur sur tout, l'enflure condescendante de notre sens critique.
Quelques années plus tard, j'ai eu la chance d'aller en Egypte, dans des conditions exceptionnelles, pour un voyage que je n'eusse jamais imaginé faire. Au cours de notre séjour, nous sommes arrivés dans une ville le jour de l'Aïd. Au sortir de la visite d'un des sites que le programme nous amenait à découvrir, il nous a été suggéré d'aller assister à la fête de l'Aïd. Nous avons esquissé un regard en direction d'un groupe en prière. Plusieurs visages se sont tournés vers nous, en colère. Nous avons dû nous détourner et partir.
Voir ! Regarder ! J'ai honte ! Honte de ce regard impudique, obscène, porté par nous, par moi, sur les rites, sur le sacré des autres.
La religion n'est pas un spectacle. L'intime des autres n'est pas un produit de consommation.
Avec le recul, après la honte d'avoir porté ces regards, je comprends les colères de ceux dont le sacré est transformé en spectacle, en folklore, en carte postale, en souvenir de voyage. Chrétien, je n'aime pas que ce à quoi je crois serve à n'importe quoi, à n'importe qui, à vendre des jeans, des voyages, le travail de femmes de ménage (c'est une référence à la religion hindoue qui est en réalité utilisée dans ce dernier cas), ou à conforter qui que ce soit – pas même les chrétiens – dans la certitude de sa supériorité.
Si je suis resté chrétien malgré toutes les raisons que j'aurais de ne plus l'être, ce n'est pas parce que cela m'assure la mainmise sur une vérité qu'il m'incomberait d'imposer aux autres, mais justement parce que Dieu est sans cesse ailleurs, parce que la seule vérité à laquelle ma foi me fait tenir, c'est que la vérité n'est jamais atteinte, toujours à chercher, sans cesse ailleurs. Je crois, non parce que j'ai trouvé – qu'est-ce que j'aurais bien pu trouver ? – mais pour chercher.
La rationalité scientifique devrait nous enseigner que la vérité est toujours en suspens, toujours à-venir. Ce sur quoi il est abouti au cours de la recherche demande constamment à être vérifié, confirmé. Il est plus essentiel à la recherche de la vérité de chercher ce qui pourrait la contredire que de se crisper sur ce qui est déjà acquis, pour le progrès de la vérité, justement. La rationalité consiste en ceci, et nos convictions devraient être sans cesse passées au crible de cette dialectique permanente, de cette inquiétude qui incite à ne jamais se croire débarrassé de la quête.
La religion, les convictions qu'elle enracine en moi, m'incitent à rencontrer les autres, non pour leur apporter mes certitudes, mais pour apprendre d'eux ce qui, dans ce qui m'habite, est encore obstacle à la rencontre et à l'estime, au respect de ce qu'ils sont. La liberté que j'ai de croire et penser ce que je veux correspond au souci de préserver la part d'impénétrable que l'autre me renvoie. Ce qui résiste à mes prétentions de comprendre est ce qui m'incite, chaque fois, à me décentrer, à chercher la vérité ailleurs.
Il ne s'agit pas ici d'un plaidoyer pour le christianisme. Je ne veux convertir personne. Mais je considère que le regard que l'Occident porte sur l'Islam est obscène et irrespectueux, et pour ces raisons violent. Parce que nous sommes convaincus que la rationalité que nous avons développée, que le sens critique que nous avons cultivé, nous donnent le droit de considérer les autres comme des esclaves de leur propre aveuglement, de leurs adhésions, de leurs croyances – sous prétexte, en fait, qu'ils ne croient pas aux mêmes choses que nous (n'oublions pas que, pour légitimes qu'elles soient, les valeurs fondatrices de nos démocraties ne sont que des valeurs qui, pour être respectées réellement, demandent, non seulement des institutions régulatrices, mais une adhésion intime de chacun). Parce que l'Islam est partout présenté comme une religion de guerre, qui cherche à écraser ceux qui ne rentrent pas dans ses vues. Comme si notre regard occidental n'était pas au service d'un projet de domination radicale et dévastatrice ! Le regard sur l'Islam que les voix dominantes en Occident promeuvent est dangereux, et contredit les principes au nom desquels certains pensent avoir le droit de se comporter de la sorte. Le regard de l'Occident sur l'Islam porte et entretient la haine, parce que c'est un regard de peur et de mépris.
Et ce regard est le regard occidental sur le sacré en général. L'économie a réussi chez nous à araser, à saper toute référence au sacré, au bénéfice du marchandage : seul est digne de révérence et de consensus ce qui permet d'entretenir le profit, le confort privé, la bonne conscience. Et c'est au nom de cela que nous nous croyons légitimés à mépriser ce qui est lumière pour les autres et à vouloir le leur arracher ?
J'aime infiniment la phrase trouvée en exergue d'un site Internet : « Ne me libère pas, je m'en charge ». J'aime également infiniment la nuance introduite par la théologie de la libération dans le regard porté par les chrétiens sur les pauvres : il ne s'agit pas de lutter pour les pauvres, mais avec eux, pour leur propre libération. On ne fait le bien de personne contre son gré, et surtout pas en commençant par bafouer ce qu'il croit.
Il est indécent de prétendre redresser les torts des autres, sous prétexte de vouloir leur bien. La seule tâche qui incombe aux êtres humains est concrète et non idéologique : c'est de lutter en commun contre la misère et l'oppression. En aucun cas cette lutte n'a à être payée par ceux que l'on prétend secourir d'une adhésion à nos idolâtries. Il est insultant de requérir de qui que ce soit qu'il-elle s'amende (et de quoi ?) avant de lui venir en aide. Au nom de quelle liberté devrait-on demander à quelqu'un de renier ses convictions avant de lui donner de quoi subsister, de quoi s'épanouir, de quoi jouir des libertés que nous chérissons tant sur notre sol ?
Alors non ! il n'y a aucun courage à publier une insulte. Il n'y a dans ces publication que de l'ignorance, de la bêtise ou du mépris, et rien de cela ne vaut qu'on le défende. Le véritable courage aujourd'hui est de dialoguer, de rencontrer, de travailler en commun au bien commun, sans préjuger de ce qu'il faut croire ou professer pour mériter notre compassion, notre sympathie ou notre aide. Catholique, j'exècre que des catholiques se croient autorisés à se placer en juges et redresseurs de torts. Démocrate, j'exècre que des démocrates se croient autorisés, au nom de leurs convictions, à scandaliser la conscience des autres, qu'il s'agisse de personnes ou de peuples – en se comportant de la sorte, les démocrates se comportent en libéraux et je ne crois pas que ce sont des synonymes.
La vie, la liberté de croire, la liberté d'être soi et différent, le fait d'être autre et constamment dans l'altérité et de n'avoir jamais ni à s'en justifier, ni à se ramener au consensus, rien de tout cela ne se mérite, c'est un droit élémentaire, constitutif de l'être humain, sacré. Celui qui, ne fût-ce qu'en pensée, méconnaît le sacré de l'autre bafoue ce droit et prépare et attise des guerres. De telles guerres ne seront jamais justes.

lundi 6 février 2006

Cauchemar climatisé

Je découvre Le cauchemar climatisé de Henry Miller. Jusqu'à présent, c'est l'auteur qui me stimule le plus, celui dans les ouvrages de qui je rencontre le plus de résonnances avec ce qui bouillonne en moi. Tout ce que j'ai lu de lui jusqu'ici me transporte - au premier chef Tropique du Capricorne. Le cauchemar climatisé, que j'ai commencé ce week-end, s'annonce, une fois encore, magnifique, brûlant d'actualité, de rage, de désir. Vivre !
Je ne suis pas capable de resituer le livre dans son contexte. Je sais seulement qu'il a été écrit en 1945 - la traduction française date de 54. Henry Miller revient aux Etats-Unis après plusieurs années d'absence - il était en Europe - et découvre l'Amérique industrielle qui s'est développée. L'horreur, pour lui, et le constat que tout s'est aligné sur des standards de vie, d'exploitation de l'homme par l'homme, d'inégalités sociales... ce qui ne peut aujourd'hui que paraître s'être consolidé affermi, amplifié.
Le soir même, sur France 2, passait le Superball... J'ai été consterné d'apprendre ça. Je ne me fais pas d'illusion sur les chaînes publiques. La nullité y vaut celle des chaînes privées. Mais que la télévision française s'aligne sur le mode de vie américain, cela m'agace. Foutez-nous la paix ! Je n'ai rien contre les américains en particulier, mais je refuse le mode de vie qui se répand partout sur le modèle que le système américain a produit et continue de promouvoir, au prix de tant d'horreurs qu'il n'y a pas à hésiter : il n'y a aucune raison de s'aligner sur eux. Ils ne sont le modèle de rien en terme de projet collectif. La civilisation américaine est une civilisation, et à ce titre digne d'être rencontrée, mais à égalité avec les autres. Son seul prestige est - fut ? - économique, et ce n'est qu'un prestige.
Bref... Sortir du Cauchemar climatisé pour voir annoncée à la télé la retransmission en direct du Superball, ça a quelque chose de désespérant. Il y a là une ironie cynique, de quoi rester triste. Foutons les télés à la poubelle !
La culture américaine a bien mieux à nous offrir que le Superball. L'indigence française en matière d'exploitation d'Internet pour la diffusion de la culture y aurait lieu, parfois, de s'instruire. Bref, je ne veux pas m'étendre sur ce sujet, qui demanderait de longs développements. Mais si quelqu'un connaît un équivalent français de Ubuweb, j'aimerais le découvrir...
Je finis avec une citation de Henry Miller, car c'est inévitable... et si j'avais le temps, je recopierais le livre en entier (ah non, pardon, on n'a probablement pas le droit).
« Nous vivons une de ces époques où, dit-on, "la patrie est en danger". Bien que les législateurs et les politiciens discourent à l'envi, bien que la clique des militaires plastronne, menaçant et piétinant tout ce qui n'a pas sa sympathie, le simple citoyen pour qui et grâce à qui se fait cette guerre, doit tenir sa langue. Comme je n'ai pas le moindre respect pour cette attitude, comme elle n'aide en rien à faire progresser la cause de la liberté, je n'ai pas cherché à modifier des déclarations susceptibles pourtant de provoquer la colère même en temps de paix. Je crois, avec John Stuart Mill, qu'"un Etat qui abaisse ses citoyens afin d'en faire des instruments plus dociles entre ses mains, fût-ce dans leur propre intérêt, finira par s'apercevoir qu'on ne peut rien faire de grand avec de petits hommes". Je serais trop heureux si mes opinions se révélaient erronées parce qu'on verrait naître un souffle nouveau. S'il faut une calamité telle qu'une guerre pour nous éveiller et nous transformer, eh bien que la guerre soit. Voyons maintenant si l'on donnera du travail aux chômeurs, si l'on habillera, si l'on logera, si l'on nourrira les pauvres ; voyons si l'on dépouillera les riches du fruit de leurs pillages et si on leur fera endurer les privations et les souffrances du commun des citoyens ; voyons si l'on pourra persuader tous les travailleurs d'Amérique, indépendamment de toute question de classe, de capacité et d'utilité, d'accepter un salaire commun ; voyons si les gens pourront exprimer directement leurs souhaits sans avoir à subir l'intercession déformante et maladroite des politiciens ; voyons si l'on pourra bâtir une véritable démocratie à la place de la fausse que nous avons fini par courir défendre ; voyons si nous pourrons être justes envers les nôtres, pour ne rien dire de l'ennemi que nous finirons sans nul doute par vaincre. »
Henry Miller, Le cauchemar climatisé, Gallimard, 1954 (pour la traduction française)

mercredi 1 février 2006

Journalisme de marché

« Les libéraux insistent sans relâche sur le rôle économique de l'offre. Sitôt qu'il s'agit d'information et de culture, ils prétendent cependant tout expliquer par la demande... »
Serge Halimi
http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/chiens2/extraits3.html