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L'art doit être simple, amusant, sans prétention, s'intéressant aux choses insignifiantes, ne demandant ni habileté particulière ni répétitions innombrables et n'ayant aucune valeur marchande ou institutionnelle.
George Maciunas

mardi 31 janvier 2006

Glaise des godasses

La charge de l'imaginaire.
C'est quand le réel remue, quand ça répond pas, quand le projet d'être soi veut dire quoi ? Rien... Dedans ça passe son temps à chiâler. Dehors, ça observe et ça juge.
Ma tête est prise dand l'étau d'une étreinte d'araignée. Désarticulé, brassant l'air de l'arc des bras, je ne sens. Rien. Pourtant je ploie. Pourtant je résiste. Pourtant je m'énerve et je me révolte. Mon crachat retombe à mes pieds. Je me crois seul et c'est inutile.
Putain ! Vivement que ça barde ! La terre est prête. La matière des entrailles est mûre. Et le ruisseau, dehors, se désole. Des baraques aux volets neufs imitent des vaisseaux d'orgueil. J'avance dans la saignée de terre qui contourne la ville. Besoin de boue et d'herbe accrochées aux semelles, de sentir dans l'air des parfums lointains. Besoin que l'air sente quelque chose.
Ici les souffleries grisailles sussurent un air délavé, un air étique et triste, lourd de diesel et de pointage au boulot. Le sol mouillé sent le sol mouillé, connement. Je désire un sol qui comme des seins de femme enivre, un sol chaque jour méconnaissable parce qu'il a plu, que le vent l'a rabotté, que le soleil l'a cuit. Un sol chemin, ornière, champ, fossé, tallus. Un sol qui ne soit pas utile.
Je veux une vie inutile.

Dans chaque artiste il y a un flic qui sommeille ?

Et si du monde de la « culture© » venait le prochain totalitarisme ?
Ah ! Les bruits de botte dans les couloirs de l'art, de la culture, du savoir !
Je me rappelle une réflexion de John Cage disant que l'art est incompatible avec la police... Mais nous n'oserons bientôt plus affirmer de telles platitudes. Demain se lèvera une aurore nouvelle, un monde nouveau, ou les brigades, milices et tout ce qui porte un galon ou un brassard veillera sur ce qu'il advient de ce que, autrefois, il y a longtemps, bien longtemps, on appelait encore les oeuvres de l'esprit.
Habituons-nous à entendre, en nous-mêmes, ce bruit gracieux des talons cadencés, de sorte qu'il ne soit bientôt plus utile d'inventer des dispositifs de surveillance, mais qu'il suffise de faire confiance à l'obéissance acquise, parce que nous aurons toujours, non plus la petite voix de la conscience qui nous tiraille parfois entre deux choix opposés, mais le ronflement bien appris, solidement ancré dans nos cortex et paléocortex, du pas collectif, militaire, de la marche acquise, entravée - ou mieux, le chahut de la descente de flics. Le succès des tyrannies dépend de la capacité des individus à troquer leur conscience contre un flic. Pas besoin de mettre un flic derrière chacun-e, il suffit de l'installer en lui-elle.
Habituons-nous dès à présent au pas de l'oie dans les musées, les salles de concert, les cerveaux.
Vous verrez, c'est comme une habitude, ça s'enracine sans douleur ! Eh, quoi ! Un chien s'accoutume à sa laisse, un cheval à sa longe, sa selle et son entrave.

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